Mme la Maire, Chers collègues,

Je souhaitais m’exprimer ce soir, avec un peu de recul, sur la réforme de l’université qui a tant mobilisé les étudiants cette année dans de nombreuses universités dont celles de Rennes.
Malgré un fort taux d’échec dans certaines filières, particulièrement les premières années, l’université permettait encore, il y a quelques années, d’accueillir tous ceux qui souhaitaient acquérir de nouveaux savoirs. Depuis une dizaine d’années, les coupes budgétaires et les réformes successives mettent à mal le modèle.

Présenté par le gouvernement Philippe, un nouveau projet de loi ORE (orientation et réussite des étudiants) a été adopté à la suite d’une procédure accélérée, sans réelle concertation préalable. Cette loi prévoit, entre autres, de renforcer la sélection à l’entrée de l’université, pour certaines filières, sur la base du projet professionnel. Cela serait nécessaire dans la mesure où je cite : « le projet de loi traduit la volonté du Gouvernement de poursuivre et d’accélérer l’élévation générale du niveau de qualification de notre jeunesse. »

Le gouvernement prétend ainsi avoir une politique sociale en imposant au futur étudiant de bâtir un projet professionnel pour déterminer son acceptation ou non à l’université.
Pour lui, la réussite des étudiants signifie une insertion professionnelle rapide et de qualité. Dans l’esprit de nos dirigeants, la jeunesse ne semble donc plus avoir le droit à l’échec ou aux détours, aux découvertes, aux expérimentations… Ce nouveau mode de sélection qui se formalisera par un contrat signé entre l’étudiant et l’Université renforce, comme le précédent système du tirage au sort, les inégalités ; cette fois entre ceux qui savent déjà ce qu’ils veulent faire, et ceux qui seront laissés de côté parce qu’ils ont besoin de temps pour élaborer leur projet professionnel.

Evidemment, cette réforme ne s’imposera pas à toutes les filières mais le simple fait de l’inscrire dans la loi inscrit cette réforme dans la tradition élitiste de la république française qui a toujours autant de difficultés à mettre en place l’égalité. Vous me dires qu’avec un Président pour qui la devise est : « il y a des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien », nous ne devions pas attendre mieux.

Mais obliger la réussite des étudiants ça veut dire quoi ? Ni plus ni moins que d’avoir un parcours qui réponde à une demande sociale, soit de former très rapidement de jeunes travailleurs.
Pourtant, on sait que la sélection ne réussit pas à tous. Ainsi, le jury de l’ENA décrit des candidats moutonniers incapables de penser par eux-mêmes (titre de Marianne). Il est évident que le principe des grandes écoles n’a jamais été fait pour que les étudiants aient un esprit critique, encore moins maintenant.
Voyez le fossé qui se creuse et l’injonction faite aux étudiants de « préparer leur avenir » plutôt que d’acquérir des connaissances et des savoirs capables d’en faire des citoyens éclairés et responsables.

Les Universités dont l’une des missions est la diffusion d’une culture humaniste seraient-elles, pour certains, un espace d’expression à museler ?
Mme la Maire, chers collègues, vous connaissez mon attachement à la pérennité de nos services publics. L’Université en est un, fondamental pour notre démocratie. Elle doit être ouverte à tous, librement, gratuitement. Les parcours ne doivent pas être fléchés pour des carrières déterminées à l’avance. Dans ce monde où tout s’accélère, laissons à la jeunesse le loisir de prendre son temps quand il n’est plus possible de le faire après. Pour cela, il faut des moyens.
Et, dans ce domaine, force est de constater que l’Etat, comme pour les collectivités, n’est pas prêt à donner plus de moyens aux universités. Pourtant, la situation n’est pas heureuse : les enseignants sont chargés de tâches administratives au détriment de leurs recherches et de l’enseignement, certains doctorants sont contraints de s’expatrier n’ayant aucun débouché professionnel dans les universités françaises.

Chers collègues, je nous engage à soutenir l’autonomie des Universités qui doivent œuvrer en faveur de la transmission des savoirs et de l’émancipation intellectuelle des personnes et non être un prestataire au service d’un marché de l’emploi libéral et déshumanisé.

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