Le bureau politique de l’UDB tient une discussion de politique générale à chacune de ses réunions. A l’issue de ces échanges, un texte d’analyse de la situation nationale et bretonne est écrit et voté. Vous trouverez ci-dessous le texte issu du bureau politique du dimanche 24 juin 2018, réuni à Nantes.

L’Europe est en crise. La question de l’accueil des migrants révèle les faiblesses de la construction européenne, son manque de solidarité et de cohérence politique. En plus d’être une source de tensions en Europe, les migrations subies constituent une perte de population pour les pays d’origine. C’est une forme d’exploitation coloniale. L’extrême-droite, qui a contribué à faire échouer le principe d’un accueil partagé des migrants dans l’ensemble de l’Union, se sert maintenant des difficultés de l’accueil dans certains pays membres pour avancer jusqu’aux portes du pouvoir. La situation est très inquiétante. Si l’accueil des personnes en détresse est indispensable pour des raisons éthiques, on ne peut pas se satisfaire de ces déplacements contraints, fruits des profonds déséquilibres qu’engendrent une mondialisation dérégulée. L’Union démocratique bretonne travaillera sur ce thème et organisera une journée de réflexion, dans le but d’aboutir à une publication sur l’indispensable rééquilibrage des relations Sud-Nord. Il importera en effet de disposer d’arguments solides sur ce thème dans la campagne des élections européennes qui se prépare.

Durant cette campagne, l’Union démocratique bretonne s’engagera aux côtés de Régions et peuples solidaires pour soutenir ou constituer une liste favorable à la construction européenne, mais aussi à sa réorientation. Dans le domaine de la protection sociale, de la fiscalité, de la transition écologique, du commerce et des relations internationales, l’Union ne remplit pas aujourd’hui son rôle.

Si l’Union européenne est appelée à évoluer, c’est aussi le cas des institutions françaises. Seule la mise en place de statut d’autonomies pour les territoires en faisant la demande peut éviter un blocage comparable à la situation de la Catalogne dans l’État espagnol. Hélas la majorité en place ne semble toujours pas vouloir suivre la voie d’une dialogue sincère avec la Corse, dont la majorité territoriale réclame l’autonomie. L’association des régions de France et de nombreux départements s’opposent résolument au soi-disant pacte girondin que l’exécutif souhaite leur faire signer afin de contraindre l’évolution de leurs dépenses.

Durant sa visite en Bretagne, le Président de la République a pourtant repris les thèmes de la décentralisation, et même de l’anti-jacobinisme, signe que ces idées connaissent un certain succès médiatique et semblent à nouveau dans l’air du temps : on connaît en effet l’obsession présidentielle pour la nouveauté. La demande du Conseil régional de Bretagne de bénéficier d’un droit à la différenciation a été validé dans son principe par le chef de l’État. L’enjeu est de pouvoir adapter certaines politiques publiques aux singularités de la Bretagne, de sa société, de sa géographie, même s’il l’on resterait loin d’un statut d’autonomie en bonne et due forme. Quant au rapport du Conseil régional de Bretagne, il semble constituer une bonne base de travail et reprend certaines propositions de l’UDB, comme une complémentaire santé gérée en Bretagne ou une adaptation des programmes scolaires. Cependant, le rapport n’a pas encore été dévoilé dans son intégralité. L’Union démocratique bretonne reste attentive à son contenu et à son devenir.

Paradoxalement, le chef de l’État a dans le même temps tenu à montrer la supériorité de l’État central par un cérémonial humiliant pour ses hôtes. L’absence de gwenn-ha-du sur l’estrade lors du discours présidentiel de Quimper rappelle la mise en scène de la visite d’Emmanuel Macron en Corse : l’exécutif continue à hiérarchiser les cultures. Plus grave, le Président s’est permis de ranger le problème de la partition de la Bretagne dans les sujets « dépassés », prétendant de manière bien légère que les coopérations régionales suffiraient. Il a ainsi rejeté dans son « passé » l’ensemble des élus régionaux de Bretagne administrative qui ont voté des vœux pour la réunification (dont certains, assis dans le public, n’ont apparemment pas réagi), mais également les plus de 75 % de citoyens de Bretagne, Loire-Atlantique comprise, qui se déclarent régulièrement favorables à l’unité du pays. Il y a une contradiction à affirmer une volonté de décentralisation et un supposé « pacte girondin » alors que le chef de l’exécutif méprise au dernier degré les aspirations de toute une population et de très nombreux élus locaux ou régionaux.

L’UDB reste mobilisée sur cette question, car elle estime que ni la démocratie ni la Bretagne ne font partie du passé. Le parti appellera à soutenir la manifestation prévue le 29 septembre à Nantes pour le droit de décider de l’avenir de notre territoire. L’UDB constate également la mobilisation de Bretagne réunie, qui est parvenu à collecter un nombre considérable de signatures – 65 000 – sur sa pétition citoyenne.

Parmi les points positifs des annonces présidentielles, l’UDB note l’abandon des projets miniers et du projet d’extraction de sable en baie de Lannion, la confirmation de la construction d’un parc éolien en baie de Saint-Brieuc ainsi que la suspension de la fermeture de la maternité de Guingamp – l’UDB appelle à manifester le samedi 30 à Guingamp pour la garantie d’un maintien de service à long terme. Le parti note aussi que les annonces concernant les transports correspondent aux attentes des élus régionaux bretons et des maires des grandes villes, mais regrette que ces derniers se soient focalisés sur la mobilité en direction de Paris, au détriment de la mobilité interne à la Bretagne. L’expérience a en effet montré que les adaptations d’horaires favorables au TGV étaient souvent défavorables aux usagers du TER. Plus largement, l’UDB considère que toutes ces thématiques devraient relever d’un pouvoir régional de plein exercice, et non faire l’objet d ‘arbitrages d’un président, de passage en Bretagne tel un monarque venant rencontrer ses sujets.

La relative passivité d’une grande partie de la population et des élus face à l’attitude autoritaire de l’exécutif contraste avec l’attitude des 15 lycéens de Diwan qui défient les institutions en passant leur bac de mathématiques en breton. L’UDB soutient cette demande et y voit une source d’inspiration pour la Bretagne dans son ensemble. La mobilisation pour le développement de l’enseignement bilingue et immersif doit se poursuivre. L’exécutif lui-même reconnaît aujourd’hui la légitimité de cet enseignement et se dit ouvert à des évolutions institutionnelles, bien qu’en des termes très vagues. Plus que jamais l’avenir de la langue bretonne dépend de la capacité de la société bretonne à se mobiliser.

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