Intervention de politique générale

Mme la Maire,

Vous avez ouvert vendredi dernier les assises de la citoyenneté, un événement organisé par le journal Ouest-France au couvent des jacobins et financé par les principales collectivités (Région, Département, Ville et Métropole). Une trentaine de débats et conférences étaient organisés sur des thèmes variés : l’égalité des chances, l’école, la santé, les migrants, l’intégration des personnes en situation de handicap ou encore, les fractures territoriales, des inégalités femmes hommes, etc. Des sujets humanistes autour du vivre ensemble avec comme ambition de proposer des solutions face, je cite, « à la montée du communautarisme, des extrémismes ou plus simplement du repli sur soi et de l’égoïsme. »

Quand un événement prône une volonté de dialogue avec l’ensemble de la population, débat des questions de handicap et ne prévoit aucun dispositif pour les personnes sourdes et malentendantes, on peut légitimement s’interroger sur sa capacité à rassembler l’ensemble des citoyens.

Quand un événement parle de citoyenneté en s’adressant majoritairement à des bretons mais aborde majoritairement des thèmes franco-français, on peut s’interroger sur sa conception du territoire.

Et quand il est organisé en période de revendication des gilets jaunes et à quelques jours d’un débat national ; qu’il prône l’ouverture tout en étant cloîtré dans un lieu entouré de fourgons de gendarmes mobiles, on peut s’interroger sur sa réelle volonté de confronter les opinions pour faire émerger des solutions.

D’autres festivals ne font pas ces choix. A Douarnenez, par exemple, les langues de divers pays vont cohabiter facilement avec les langues locales que sont le breton et le français. Les personnes sourdes sont intégrées grâce aux traducteurs qui se relayent pour que l’ensemble des contenus et débats soient traduits. Si cet effort n’était pas réalisé, alors cette communauté n’aurait d’autre choix que de rester dans l’entre-soi.

Ce sont les actes concrets, au quotidien, qui permettent aux communautés de s’intégrer et de vivre ensemble. Pourtant ici en Bretagne comme ailleurs en France, beaucoup utilisent la soi-disant menace du communautarisme pour en réalité « prescrire des normes et des codes de conduite au non de l’injonction de l’assimilation et proscrire des pratiques et des demandes publiques de la part de groupes dont les singularités sont construites comme une menace pour la cohésion sociale1. » Les minorités ont des droits, il s’agirait de les reconnaître, au lieu de les stigmatiser, au nom de principes individualistes et autocentrés.

Le processus est ancien, il existe aussi pour les langues comme le breton. Dans les grands événements rennais par exemple mais aussi ailleurs en Bretagne, il est trop souvent absent. Pourtant, le dernier sondage réalisé par TMO pour le compte de la région Bretagne est sans appel. A Rennes, 58 % des habitants veulent du breton en plus du français dans les services publics. 71 % des rennais veulent une visibilité plus importante de la langue bretonne dans la ville et 75 % des rennais veulent plus d’enseignement du breton.

Face à ce désir des rennais et de l’ensemble des bretons, il est dommage que les organisateurs des Assises de la citoyenneté comme ceux de Politikos, n’aient pas souhaité mettre en valeur les spécificités du territoire dans lequel ils évoluent. Ce phénomène est révélateur d’un déracinement qui est profondément néfaste pour notre démocratie et au bien vivre ensemble que nous voulons tous.

Il va falloir entendre l’ensemble des revendications qui sont aujourd’hui exprimées, qu’elles soient : économiques, sociales, culturelles ou politiques ; et faire en sorte que notre société de plus en plus individualiste et inégalitaire trouve les voies d’une nouvelle cohésion. A Rennes, je ne doute pas que nous continuions l’éternel combat de l’égalité des chances. Mais, pour ma part, je souhaiterais qu’il se fasse moins au bénéfice de la Métropole que de l’ensemble du territoire breton.

Chers collègues, tous les espaces de débat ou de dialogue, toutes les initiatives visant à recueillir l’avis des citoyens doivent être encouragés et développés à condition d’écouter, de reconnaître la différence et d’accepter de se remettre en question.

1 Julien Talpin, Marwan Mohammed, sociologue au CNRS dans l’ouvrage Communautarisme ?

Nous contacter

07 87 36 41 66