Intervention de politique générale d’Ana Sohier, Conseil municipal de Rennes du 1er avril 2019

Mme la Maire, chers collègues,

Le système éducatif français est à réformer. Tous les ministres de l’Éducation nationale qui se sont succédé depuis des dizaines d’années en ont parlé. Mais, à mon sens, les réformes proposées par Monsieur Blanquer sont parmi les plus bureaucratiques et centralisatrices que nous ayons connues. Je suis convaincue pourtant que c’est l’extrême opposé dont l’école et les enfants ont besoin aujourd’hui.

Prenons l’article 6 de cette loi, « l’école de la confiance » dont l’objectif serait de confier l’organisation des écoles maternelles et élémentaires au Proviseur du collège de secteur, secondé d’un adjoint supprimant de fait les directeurs d’écoles. Cette modification administrative, vue du Ministère, a probablement quelques avantages mais, au plus près du terrain, on a vraiment du mal à envisager la plus-value pour le système éducatif.

Les directeurs et directrices d’établissement ont un rôle majeur dans l’organisation au plus proche des enfants et des parents, des partenaires et des intervenants. Ils sont un maillon de la chaîne sans lequel le système ne tiendrait pas, sauf à vouloir recréer une école forteresse scolaire à l’instar de la 3e République.

Que penser également de l’impact à court, moyen ou long terme de cette réforme dans les zones rurales ou les écoles sont distantes des collèges de secteurs. Même s’il n’y a pas de regroupement physique prévu par cette loi dans l’immédiat, nous pouvons le craindre et ce serait un nouveau coup porté à l’équilibre territorial de nos territoires et aux services publics. N’oublions pas que 45 000 écoles en France comptent moins de 4 classes.

Concernant la réforme du lycée, là non plus la réforme de M. Blanquer n’est pas réjouissante. Les langues régionales dans les filières bilingues perdraient leur statut de LV1bis, statut qui rendait, dans ces filières, leur enseignement obligatoire. Avec cette réforme, l’enseignement du breton deviendrait une spécialité regroupée sous le nom de « langues et cultures régionales ». Les élèves devront choisir 3 spécialités en première et 2 en terminale, ces choix étant déterminants pour l’orientation post-bac.

Cette mise en concurrence de la langue régionale avec d’autres matières existe déjà mais elle s’accentue ici. De nombreux députés et universitaires ont interpellé le ministre pour que les filières bilingues restent en dehors du cadre des spécialités.

L’Union Démocratique Bretonne considère que l’école ne doit pas devenir une pouponnière de travailleurs. Selon un rapport du centre de recherche de l’Organisation des Nations Unies, les inégalités s’accroissent en France et le système éducatif y participe. Nous pensons qu’il faut retrouver l’élan des années d’innovation que nous avons connu avec les grand pédagogues Freinet, Montessori, Steiner ou encore Decroly… Il faut pour cela une réforme de la machine éducation Nationale pour la rendre moins pyramidale et permettre une réelle prise d’initiative des enseignants. La loi Blanquer va contre ce principe puisqu’elle bureaucratise l’enseignement en centralisant le fonctionnement des établissements.

Réformer l’éducation pour qu’elle soit un réel vecteur d’émancipation et de citoyenneté c’est l’adapter en fonction de sa population et à son territoire. C’est permettre une régionalisation pour les recrutements, l’adaptation des programmes, la formation et par ce biais engager des actions plus fortes et coordonnées pour réduire les fractures sociales et territoriales. C’est mettre fin à la mobilité forcée des enseignants et faciliter leur recrutement. Cette régionalisation impliquerait aussi une adaptation des programmes pour que l’enseignement de l’histoire, de la géographie, des langues et littératures régionales permette une connaissance de sa culture tout en permettant une ouverture au monde.

La ville de Rennes, nous le savons tous est très attachée à l’égalité des chances et promeut une politique éducative de qualité. Aussi, il est temps d’agir avec la communauté enseignante et les parents pour créer un système éducatif d’avenir. Cela passera nécessairement par un bras de fer avec l’éducation nationale et ses services déconcentrés.

Je vous remercie de votre attention.

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