Fañch Morvannou, un ami, un camarade, un éminent bretonnant qui nous manque déjà à tous

D’autres sauront mieux que moi faire l’éloge de Fañch Morvannou dont le décès marque cruellement les défenseurs et pratiquants de la langue bretonne.

Je saurai seulement dire à quel point il nous fut cher par ses réflexions, ses positions souvent iconoclastes, sa capacité à faire systématiquement un pas de côté pour voir le monde autrement, son absence totale de conformisme et son engagement inébranlable au service des Bretons, au service de son pays, de sa culture, de sa langue et d’un combat pour sa reconnaissance qu’il eut le courage de politiser en des temps difficiles.

Ensemble nous avons milité à l’UDB et il y apporta la puissance de ses convictions. Quand l’UDB nous présenta sur Brest, en 1982, aux élections cantonales, il fallait avoir une motivation à toute épreuve : dans la foulée de l’élection présidentielle de 1981, l’UDB se trouvait mal en point, avec de nombreux militants troublés par cette illusion que le parti socialiste reprenait « naturellement » les combats de l’UDB. Fañch, y alla pour combattre cette illusion, avec détermination, et joyeusement, comme il savait le faire. Dans son ombre, j’ai beaucoup appris.

Ensemble nous avons aussi pris du bon temps, en randonnant autour de Brest : sa connaissance de la toponymie donnait à nos escapades une richesse extraordinaire, ses recherches sur les relations entre la langue bretonne et la foi catholique donnaient à ces balades une couleur à nulle autre pareille car il avait mille et une histoire à raconter sur les fontaines sacrées, les chapelles et ce petit patrimoine religieux rural que connaissent tous les amoureux des chemins bretons.

Ensemble nous sommes allés en Palestine et sa connaissance de l’histoire nous apportait chaque jour son lot de découvertes sur les chemins de Cisjordanie. Je le vois encore à Jérusalem, au pied de la colline de Sion, citant avec un enthousiasme presque théâtral les Bretons qui avaient apporté leur pierre matérielle ou spirituelle à cette terre martyrisée.

Et puis, bien sûr, il y avait son activité d’enseignant au CRBC : des centaines d’étudiants se sont régalés à écouter son cours sur la traduction, émaillé d’anecdotes savoureuses. Cette proximité avec la jeunesse lui manqua terriblement quand arriva l’heure de la retraite universitaire.

Il laisse une trace, un sillon profond creusé par tous ses écrits, de la traduction de l’Utopia de Thomas More à la direction de Pobl Vreizh , en passant par une étude très fouillée sur Armand Robin. Il lègue aux jeunes générations sa fameuse méthode Assimil, (Le breton sans peine), ses conseils de traduction « Traduire en breton-Treiñ e brezhoneg » publié aux éditions Skol Vreizh, une indispensable plaquette plusieurs fois rééditée aux presses populaires de Bretagne « Le breton, jeunesse d’une vieille langue ». Un texte à lire et à relire tant il frappe par sa modernité, par sa vision progressiste, totalement dénuée de chauvinisme ou de sectarisme, par son ouverture sur l’avenir des jeunes bretonnants de notre temps.

Kenavo Fañch

Anne-Marie Kervern

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