Intervention de Gael Briand, élu municipal (opposition) UDB / Lorient en commun, lors du Conseil municipal du 17 décembre 2020

Monsieur le Maire, Monsieur Gasan, chers/chères collègues,

Lors de la campagne municipale, certains de mes camarades ici présents et moi-même avons défilé contre les violences policières. L’affaire avait fait grand bruit et nombreuses ont été les voix dans cette salle à nous critiquer. Pourtant, il s’agissait d’adresser un message au gouvernement de façon justement à ce que les quelques policiers qui se prêtent à ce type de violences et ne respectent pas la loi n’entachent pas l’institution toute entière. Il nous a toutefois fallu prouver notre bonne foi puisqu’à vos yeux nous étions « contre la police » ! Voilà comment, en une phrase, on réduit à néant un argumentaire construit et rationnel. Et que disions-nous ? À l’instar du défenseur des droits de l’époque, M. Toubon (pas franchement un « gauchiste », vous en conviendrez !), ou du président de la ligue des droits de l’Homme, Me Henri Leclerc, nous disions qu’il y avait un problème de commandement. Ce n’était donc pas une accusation de tous les policiers, mais un problème de justice ! Car la loi est la même pour tous et le respect de cette loi est d’autant plus important quand il s’agit des représentants l’État. Hélas, au lieu d’aider ceux qui, au sein de la police, cherchent à assurer leurs missions de façon éthique, le message envoyé ces dernières années est désastreux : « faites comme bon vous semble, l’État vous protège ». La flatterie n’a jamais fait une bonne politique !

Cet avenant à la convention de coordination entre la police nationale et la police municipale m’a permis ici de mettre quelques points sur les « i ». Passons, je reviens au sujet qui nous amène ce soir : la police municipale.

Philosophiquement, il faut d’abord rappeler qu’une police respectée, c’est une police au service de la population et non du pouvoir (ça, c’est une milice !). Or, en France, on a tendance à faire primer l’État sur la société. On pourrait espérer que la police municipale remplisse ce rôle de proximité qui fait souvent défaut à la police nationale dont les ordres viennent des Préfets. Au lieu de cela, votre majorité emprunte la voie du conflit et de la démagogie.

Le conflit tout d’abord en choisissant d’armer la police. Armer la police municipale de tonfa ou de tasers, d’armes à feu (pouvant tirer à balles réelles) et de lacrymos, c’est prendre le risque d’accidents pour une situation locale qui ne le justifie absolument pas. Vous avez répondu tout à l’heure « dissuasion », cela me fait penser à la fameuse « dissuasion nucléaire » qui mène au final à une course à l’armement mondiale ! Ce choix politique favorisera probablement un accroissement des tensions alors que, dans le cas lorientais, d’autres méthodes pourraient aisément être testées à commencer par la médiation. A la rigueur, la brigade « cynophile » (on disait « canine » à une époque) peut permettre l’apaisement, mais tout dépend, là encore, du commandement et du rôle que l’on donne aux chiens.

La démagogie ensuite en faisant croire que la police municipale va lutter contre le trafic de drogue ce qui a été votre propos durant toute la campagne municipale ! Je ne vous ferai pas l’affront de lire l’ensemble des missions de la police municipale, on trouve tout sur le net. Une chose est certaine : vous bernez les lorientaises et lorientais ! Il est évident que l’augmentation des effectifs de la police municipale servira à augmenter les contraventions plus qu’à réduire l’insécurité réelle. La police municipale ne peut pas effectuer les missions de la police nationale, vous le savez parfaitement. Alors, je serai ravi de parler avec vous des polices régionales qui existent dans certains autres États, je pense aux Mossos de Catalogne, mais ce n’est pas le cas en France. En augmentant nos effectifs de policiers municipaux, notre commune – comme bien d’autres me direz-vous – pallie la réduction des services publics de l’État à budget et pouvoir constant ! Un grand classique !

Deux questions pour finir : si je suis le bordereau, je constate que les policiers municipaux n’auront pas commencé leur service à l’heure des entrées d’école. N’est-ce pas problématique ? Par ailleurs, le fameux « comité d’éthique sur le système de vidéoprotection sur l’espace public » auquel vous nous avez invité à siéger se réunira-t-il un jour ? Et aura-t-il une utilité puisque l’investissement dans un Centre Supervision urbaine est déjà prévu ? A ma connaissance, en effet, aucune étude n’a prouvé l’efficacité des caméras, mais c’est encore à nous qui sommes contre de nous justifier… Un débat, nous semble-t-il, a plus d’intérêt avant qu’après une délibération, non ?

Monsieur le Maire, vous nous accusiez à l’instant de « vouloir faire peur aux Lorientaises et aux Lorientais » en caricaturant l’armement létal… ce n’est pourtant pas nous qui comparons Lorient à Chicago !

 

Crédit photo : Pablo Tupin-Noriega, CC BY-SA 4.0

UDB

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