Communiqué : Une rue « Anjela Duval » à Nantes/Naoned

Communiqué : Une rue « Anjela Duval » à Nantes/Naoned

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Ville de Nantes
10/04/2024

Une rue « Anjela Duval » à Nantes/Naoned :

Un symbole alors que la Région artificielle des Pays-de-la-Loire nie l’identité bretonne de la Loire-Atlantique

Nantes a pour ambition de devenir la première ville non-sexiste de France, d’ici 2030. Cela se traduit, entre autres, par la volonté de rendre les femmes plus visibles dans l’espace public.

Depuis dix ans, ce sont pas moins de 162 dénominations de rues à Nantes/Naoned qui ont été attribuées à des femmes. Elles n’étaient que deux au cours du 19ème siècle, 21 entre 1940 et 1990.

Parmi les noms proposés dans une délibération présentée par Olivier Chateau le 5 avril dernier au Conseil municipal de Nantes, il y a celui d’Anjela Duval.

Anjela Duval était une poétesse, paysanne du Trégor. Elle a parlé breton depuis son enfance, mais elle n’apprend à l’écrire qu’à l’âge de 46 ans. Elle publie ses premiers textes dans des revues en breton comme Ar Bed Keltiek, Barr-Heol ou bien Al Liamm.

Ses poèmes racontent sa vie de simple paysanne, attachée à sa terre.

A une époque où la langue bretonne voit le nombre de ses locuteurs diminuer fortement, Anjela Duval devient une icône suite à son passage dans l’émission « les conteurs » d’André Voisin en 1971.

Dans cette émission, Anjela Duval parle de sa vision du travail de paysan qui est clairement en décalage avec l’esprit de l’époque. Elle évoque une agriculture qui permet « de subsister », à condition de ne pas « lésiner sur sa peine » dit-elle, « parce que la terre, elle rend à mesure qu’on lui donne.»

Dans les années 1970, alors que la Bretagne change profondément et rapidement, Anjela Duval, par ses poèmes, parle à celles et ceux qui s’inquiètent des conséquences du remembrement et d’une agriculture de plus en plus productiviste.

Aujourd’hui, il faut lire et relire Anjela Duval, en breton bien sûr, ou dans les traductions qui ont été faites de son œuvre en français. Il faut la lire et la relire pour ce qu’elle dit de la terre et des paysans.

Mais évidemment, Anjela Duval, c’est d’abord un engagement incroyable pour la langue bretonne. Et elle est aujourd’hui considérée comme une autrice majeure dont les poèmes sont souvent repris par des chanteuses et chanteurs bretons.

Après l’émission d’André Voisin, tout l’emsav, toutes les figures d’une Bretagne en plein revival (Servat, Stivell d’autres…) sont passés la voir dans sa petite ferme du Trégor. et beaucoup s’intéressaient à la langue bretonne, disaient regretter de ne pas parler breton, mais affirmaient ne pas trop mal comprendre le breton…

… et Anjela Duval avait ce trait d’humour un peu sarcastique, elle disait : « evel ma c’hi »… comme mon chien, vous ne parlez pas le breton mais vous le comprenez.

Par cette remarque caustique, elle renvoyait les militants de la 25ème heure à leur responsabilité, apprendre le breton, pas seulement le comprendre ou faire semblant de…

Si l’on ne devait citer qu’un de ses poèmes, retenons celui-ci, son poème le plus célèbre, Karantez vro (L’amour du pays), repris par de nombreux artistes comme Gwalarn ou Nolwenn Leroy :

E korn va c’halon zo ur gleizenn
‘Baoe va yaouankiz he dougan
Rak siwazh, an hini a garen
Na gare ket ‘r pezh a garan
Eñ na gare nemet ar c’hêrioù
Ar morioù bras, ar Broioù pell
Ha me ne garan ‘met ar maezioù
Maezioù ken kaer va Breizh-Izel !

Ret ‘voe dibab ‘tre div garantez
Karantez-vro, karantez den
D’am bro am eus gouestlet va buhez
Ha lez’t da vont ‘n hini ‘garen
Biskoazh abaoe n’am eus en gwelet
Biskoazh klevet keloù outañ
Ur gleizhenn em c’halon zo chomet
Pa ‘gare ket ‘r pezh a garan.

Pep den a dle heuilh e Donkadur
Honnezh eo lezenn ar Bed-mañ
Gwasket ‘voe va c’halon a-dra-sur
Pa ‘gare ket ‘r pezh a garan
Dezhañ pinvidigezh, enorioù
Din-me paourentez ha dispriz
Met ‘drokfen ket evit teñzorioù
Va Bro, va Yezh ha va Frankiz !

A l’heure où la Région artificielle dite des Pays-de-Loire, nie la réalité d’une identité bretonne en Loire-Atlantique, supprime les subventions aux associations bretonnes, une rue «Anjela Duval» à Nantes/Naoned prend encore plus de sens, au-delà de la simple joie de voir honorée cette grande poétesse.

PE Marais-Jegat

Groupe Union démocratique bretonne

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