Intervention pour l’inscription de l’IVG dans la constitution

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Intervention lors du Conseil Municipal de Nantes
Le 02/02/2024

Mme la Maire, cher·es collègues,

Le 17 janvier 1975, la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse, dite loi Veil, est promulguée. Si elle dispose d’un fort caractère symbolique, c’est parce qu’elle est l’aboutissement de la lutte des femmes pour le droit à disposer librement de leur corps. Lutte qui n’est pas terminée, loin s’en faut.

Criminalisé sous l’ancien régime et tout le 18ème siècle, l’avortement sera transformer, en crime d’Etat par le régime de Vichy. L’avortante, Marie-Louise Giraud, sera guillotinée en 1943. 

Ce n’est qu’après guerre que la lutte se structure et en 1970, a lieu le premier meeting public du mouvement que l’on nomme maintenant le MLF: Mouvement pour la Libération des Femmes.

Le 5 avril 1971, paraît dans le Nouvel Observateur le manifeste des 343. Manifeste appelant à la légalisation de l’avortement, notament pour les risques médicaux provoqués par la clandestinité. Rédigé par Simone de Beauvoir, ce texte obtient de nombreuses signatures et soutiens mais, le Nouvel Observateur n’en retiendra que 343.

L’année suivante, en 1972, se tient le procès de Bobigny. Procès de Marie-Claire Chevalier, jeune femme de 16 ans qui avait avorté après un viol. Elle est défendu par Gisèle Halimi, dont la plaidoirie contre l’avortement est maintenant célèbre. 

1975, loi Veil donc, qui n’est dans les faits, qu’une expérimentation. L’IVG ne sera sanctuarisée dans la loi qu’en 1979.

Et pourtant, la lutte n’est pas finie : 

  • Ce n’est qu’en 2013 que l’IVG est remboursée à 100% par la sécurité sociale.
  • Ce n’est qu’en 2014 que la condition de détresse est supprimée.

Ce bref historique ne peut que nous rappeler toutes ces femmes qui ont risqué leurs vies ou qui sont décédées pour avoir avorté clandestinement, dans des conditions parfois terribles.

Toutes ces femmes que j’ai nommées, ne peuvent que nous rappeler celles qui ont été emprisonnées ou condamnées à mort pour avoir défendu le droit de disposer de leurs corps.
Alors, quand nous observons les dérives autoritaires du gouvernement. 
Quand le Président de la République annonce son souhait de réarmement démographique, dans un discours aux accents conservateurs, nous devons considérer que le droit à l’IVG est en danger. Quoiqu’en dise Gérard Larcher.
Alors non Mme Garnier, ne pas vouloir inscrire l’IVG dans la constitution, ce n’est pas une position courageuse. C’est une posture datée, rétrograde et qui oublie les engagements et les combats féministes émancipateurs, qui ont permis d’obtenir ce droit.
C’est le laisser à la merci d’une abrogation imposée au 49.3. C’est finalement laisser le droit à quelques uns, de décider des corps de la moitié de notre population.
D’ailleurs, s’il n’était pas en danger, inscrire l’IVG dans la constitution ne ferait pas débat.

Alors au-delà de la dimension symbolique et protectrice, constitutionnaliser l’IVG c’est constitutionnaliser le droit des femmes à disposer librement de leurs corps.
C’est leur permettre de ne plus être attachées au simple statut de mère et donc, d’offrir à chaque femme de notre pays, la possibilité de s’émanciper de l’obligation de maternité.
C’est donner à chacune le choix sur sa vie.

Pour nous à l’UDB, le droit à l’avortement est un droit fondamental, et les droits fondamentaux sont inscrits dans la constitution.

Je vous remercie.

Aurélien Boulé Fournier
Groupe UDB Ville de Nantes

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