Intervention sur la place de la voiture en ville

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Intervention lors du Conseil Municipal de Nantes
Le 08/12/2023

Mme la Maire, cher·es collègues,

L’intervention de M Julien Bainvel met en évidence une vision datée et dogmatique. C’est une vision où la voiture est hégémonique. C’est une vision qui fait probablement plaisir aux fabricants de SUV et peut-être à leurs conducteurs et conductrices. Mais c’est surtout une vision à court terme, qui met sous le tapis tous les enjeux traversés par notre société actuelle. C’est une modernité en trompe l’œil.

Sous couvert de vouloir défendre celles et ceux qui vont travailler, ne cédons pas aux sirènes du conservatisme. Celui-là même qui veut que la voiture soit le moyen le plus efficace pour se déplacer. Ce conservatisme qui fait de la voiture un objet de confort.
C’est un piège ! Un piège qui nous enferme dans une cage en métal d’une tonne et demie, et qui coûte un bras. C’est un piège qui a tué 3267 personnes en 2022 ! Et c’est un piège qui pollue : en 2022, les transports routiers représentaient 32% des émissions de gaz à effet de serre en France.

Si nous avions cédé à ce conservatisme, il n’y aurait jamais eu de réaménagement du cours des 50 otages, ni du boulevard de la Vendée, ni du cours Kennedy (les exemples sont nombreux), ces projets qui nous ont partiellement sortis du tout-voiture.

Oui, la redistribution massive de l’espace public est une nécessité. Pour comprendre cela, quatre chiffres:

  • Les déplacements en voiture se font seuls à 74 %

  • 40% font moins de 3 km

  • En 2035, la population de Nantes Métropole passera à près de 800 000

  • En 2035, sans changement de comportement de mobilité, la circulation automobile se dégradera davantage avec une hausse de 11%

On le sait, la dangerosité de l’espace public va de paire avec la perte de qualité de vie. Rendre Nantes plus agréable, c’est aussi articuler nos déplacements autour de trois axes :

  • Accessibilité, d’abord : En multipliant les solutions de mobilités telles que le covoiturage, le vélo, la marche ou les transports en commun, nous permettons de diminuer la dépendance à la voiture solo

  • Sécurité : L’abaissement des vitesses et du volume de la circulation motorisée ainsi que les aménagements piétons et vélos contribuent à cette sécurisation

  • Equité sociale :

    • L’Automobile Club Association estime que la voiture coûte en moyenne près de 5 200 euros par an

    • Le coût d’entretien d’un vélo est minime, le coût d’un abonnement Naolib illimité c’est un peu moins de 500 euros et les employeurs en prennent une partie en charge

    • A cela s’ajoute la gratuité des transports en commun le week-end, la baisse de 20 % sur les abonnements ou encore la tarification solidaire sur les transports en commun, la location ou l’acquisition d’un vélo

Quel projet représente le mieux cette vision à 2035 de notre ville ? Le futur pont Anne de Bretagne. Oui, nous avions dit que la circulation automobile y serait maintenue. Mais pour gérer la sixième ville de France, il faut savoir faire preuve d’adaptabilité. Notamment face aux contraintes techniques qu’un projet d’une telle ampleur impose. Ce que nos oppositions semblent oublier.

Dans une ville toujours plus dense, chaque mètre carré d’espace public est précieux. Or, aujourd’hui, la voiture consomme beaucoup d’espace public, en stationnement comme en circulation. Avec l’augmentation des flux, il devient impératif de faire davantage de place aux autres modes, à un espace public plus végétalisé, ouvert, multipliant ses usages et les possibilités de rencontres.

Pour conclure, aux automobilistes invétérés, j’ai quatre bonnes nouvelles :

  1. La voiture gardera une place, même si elle ne prendra plus toute la place

  2. Moins il y aura de voitures, plus le trafic sera fluide

  3. Être moins dépendant des ressources fossiles réduit l’anxiété économique

  4. Le report modal n’est pas une action douloureuse… Cela se passe généralement très bien…

Alors oui, cher Julien, à rebours de certaines postures anxiogènes et erronées, nous nous inspirons positivement de ce qui s’est fait voilà déjà 50 ou 60 ans chez les pionnières, à Amsterdam, Anvers ou Copenhague. Nous activons les imaginaires : car dans le fond, tout le monde veut une ville du contact, une ville créative, une ville plus verte, une ville où l’on est libre, une ville ou un enfant peut se déplacer tout seul.

Je vous remercie.

Aurélien Boulé Fournier
Groupe UDB Ville de Nantes

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