Intervention sur l’iniquité de la politique culturelle centralisée

Intervention sur l’iniquité de la politique culturelle centralisée

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Intervention lors du Conseil Municipal de Nantes
Le 13/10/2023

 

Renforcer les arts et donner une place importante aux artistes, dans tous les quartiers : c’est un axe fort de notre politique culturelle, à Nantes. Nous voulons garantir le renouvellement artistique, nous proposons des lieux de travail dédiés à la création, nous promouvons le dialogue.

Notre Conseil municipal est amené à délibérer dans ce sens, sur 4 projets structurants ; avec un budget de plus de 18 M€.

Cela témoigne encore une fois de la vitalité culturelle nantaise, dans un contexte global néanmoins tendu, pour toutes les structures culturelles, alors que :

Dans l’entité administrative des “Pays de la Loire”, la baisse des aides à la création et à la résidence d’artistes, une réduction de toutes les subventions, sans concertation en amont ainsi que le tarissement du dialogue (je pense aux dernières BIS) sont de mise. La nouvelle stratégie culturelle régionale fait peser « des menaces sur l’emploi dans le secteur du spectacle vivant », estiment les représentants.

Plus largement, sous l’effet du mouvement de décentralisation, les collectivités territoriales ont acquis une certaine marge de manœuvre en matière de politique culturelle ; au point d’être aujourd’hui devenues essentielles au développement de cette offre, nous le voyons ici à Nantes. Nous nous en réjouissons bien sûr à l’UDB. Toutefois, en attendant l’avènement d’une autonomie des territoires, nous ne pouvons que nous alarmer des inéquités de financement de la culture, entre la région parisienne et le reste de la France :

  • L’importance de l’implication des collectivités territoriales dans le financement des politiques culturelles est réelle, elle est deux fois supérieure aux crédits qu’y consacre l’État (environ 8,7 milliards d’euros contre 3,6 milliards d’euros)
  • L’Île-de-France, et en premier lieu Paris, concentrent un nombre d’équipements culturels très élevé, en raison de plusieurs siècles de centralisme notamment culturel. Les départements d’outre-mer restent les moins dotés.
  • Les dépenses du ministère de la Culture représentent 196 euros par habitant en Île-de-France, contre 21 euros par habitant en moyenne pour le reste du pays. Là encore, Mayotte et La Réunion, avec 5 et 8 euros par habitant sont les moins pourvues.
  • En Île-de-France, la part des établissements culturels marchands est 2 fois plus importante que dans l’ensemble des autres régions.
  • L’Île-de-France concentre plus de 4 établissements culturels sur 10 et rassemble 60 % des salariés du secteur culturel marchand.
  • L’art lyrique subit également cette répartition injuste. Avec 30 établissements en France, dont 4 à Paris, 80% des crédits que l’État consacre à l’art lyrique vont aux maisons parisiennes.
  • Tous secteurs confondus, l’iniquité est choquante, encore plus si l’on ramène ces chiffres proportionnellement à la population.

Cette pratique centralisée a perduré dans le temps, alors que l’État a souvent fait fi des cultures populaires. Jusqu’à nos jours, à l’instar de la langue française, la culture a été “académisée”, codifiée et validée par une institution. Cet élitisme culturel se décline sur le plan territorial, avec l’immense majorité des crédits du ministère de la Culture qui vont ainsi se concentrer sur la région parisienne.

A contrario, et pour conclure, à l’UDB, nous entendons assumer le lien entre culture et territoire. Si les expressions culturelles ont une portée universelle, elles n’en tirent pas moins leur originalité des histoires et des situations singulières des communautés humaines. Aussi, vit parfois en marge une culture modeste et exprimée par le travail de bénévoles et d’amateurs. La Bretagne regorge d’associations culturelles qui vivent avec peu de moyens. C’est ce tissu associatif qu’il faut également faire respirer.

Nous proposons ainsi de :

  • Décentraliser les budgets culturels, en attribuant aux régions les moyens du ministère de la Culture, au prorata de leur population.
  • Revaloriser l’éducation populaire.
  • Protéger les pratiques artistiques amateurs.

L’autonomie n’est pas un totem, c’est une méthode et un chemin. L’autonomie, en Bretagne comme ailleurs, c’est d’abord une réponse de bon sens au désenchantement démocratique, celle de la proximité. Il en va de même dans le secteur ô combien vital du monde culturel, et de son accompagnement.

 

Aurélien Boulé Fournier
Groupe UDB Ville de Nantes

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