Quels sont les enjeux autour de la 5G ?

Quels sont les enjeux autour de la 5G ?

Introduction

La 5ième génération de communication mobile ou 5G, se distingue des générations précédentes par son fonctionnement et un débit internet nettement plus rapide que celui de la 4G. Elle se différencie également dans son utilisation : l’objectif prévu pour la 5G est de connecter un maximum d’appareils électroniques en plus de ceux qui le sont déjà (téléphone, télévision, frigo…).

Cette nouvelle technologie fait déjà l’objet d’un vif débat au sein de notre société. Les soutiens de la 5G voient en elle une marque de progrès et potentiellement l’origine d’une révolution économique. Tandis que ses opposants alertent sur les conséquences négatives qu’elle pourrait avoir, notamment sur l’environnement.

Plus concrètement, qu’est-ce que la 5G ? Quels sont ses avantages ? Ses inconvénients ?

Cette note définira d’abord le fonctionnement technique de la 5G puis en donnera le contexte politique et sanitaire. Il y sera développé dans un second temps les avantages et nouveautés qu’apporte la 5G et, dans un troisième temps nous préciserons les limites de cette nouvelle technologie.

1. Définition et contexte de la 5G

1.1 Définition et fonctionnement :

Il s’agit de la 5ieme génération technologique de communication mobile. Son objectif est d’améliorer la vitesse, la couverture et la réactivité des réseaux internet sans fil. La capacité de la 5G est de 10 à 100 fois supérieures à celle de la 4G, pouvant même être plus rapide que le débit obtenu avec la fibre optique. En outre, la 5G réduirait considérablement la latence, c’est-à-dire le temps de réponse du réseau après une sollicitation d’un appareil (cliquer sur un lien, visioconférence, opération médicale à distance…).

La 5G fonctionne sur deux types de bandes passantes : les bandes sub-6 (fréquence inférieure à 6GHz) et les fréquences millimétriques supérieures à 26GHz. Le premier type a un débit plus lent mais une portée plus longue et inversement pour le deuxième type de bande passante. Plus concrètement, il faut des antennes 5G régulièrement pour pouvoir bénéficier des très hautes fréquences et d’un très haut débit.

En ce qui concerne son déploiement, la 5G cohabitera avec les anciens systèmes et notamment la 4G puis, à moyen terme et avec la mise en place d’antennes, elle sera déployée sur les bandes entre 3,4 et 3,8 GHz, à faible portée et de pénétration, tant des immeubles que des tissus humains mais qui constituent la « bande-cœur », là où elle sera le plus efficace.

1.2 Contexte politique du débat en France et à Nantes

Du 28 septembre au 1er octobre 2020, avaient lieu les enchères d’attribution les blocs de fréquences 5G. Le 15 septembre 2020, Emmanuel Macron annonçait que la France prendrait « le tournant de la 5G » au lendemain même de la publication d’une tribune de 70 élus de gauche dont les maires de 11 grandes villes (mais pas Johanna Rolland), qui demandait de patienter jusqu’à l’été 2021 et la tenue d’un débat décentralisé. Le Président de la République écarte également complètement sa promesse faite à la convention citoyenne pour le climat, qui demandait un moratoire sur la 5G, une des 146 mesures proposées que le Président de la République s’était engagé à prendre.

Enfin, l’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) qui pointe un manque important d’information sur les effets sanitaires que peut avoir la 5G, doit publier une étude à ce sujet, courant mars ou avril. Or, sans attendre les résultats de cette étude, le gouvernement a déjà lancé la mise en place de cette dernière.

Pour cela, il a lancé une consultation des acteurs sur sa « stratégie d’accélération » qui se décompose en 4 axes :

– Contribution à la compétitivité de l’économie française en développant les usages 5G au profit des territoires et de l’industrie (volet demande)

– Développer une offre française souveraine sur les réseaux télécoms (volet offre)

– Mise en œuvre d’une feuille de route R&D sur les futures technologies de réseaux (au-delà de la 5G, 6G…) (volet R&D)

– Renforcer l’offre de formation sur les futurs réseaux télécoms, et attirer les talents étrangers en France (volet formation)

Il n’est pas question ici d’une consultation démocratique mais d’une consultation technique. Tous les documents déposés permettront de cibler les investissements de l’exécutif à l’avenir en correspondance avec les 4 axes précités. Les acteurs qui peuvent déposer des dossiers concernant cet appel à manifestation d’intérêts sont : une entreprise ou un consortium d’entreprise, une collectivité territoriale ou locale, un laboratoire de recherche, une structure publique ou un organisme de formation.

C’est donc en faisant complètement abstraction du processus démocratique et de consultation des élus, que le gouvernement impose cette 5ieme génération de télécommunication. Si certains motifs pour la mise en place de la 5G sont acceptables, comme la souveraineté numérique nationale et européenne, la méthode, elle ne l’est pas.

Nantes, comme le reste du territoire français, voit ce sujet lui être imposé. L’approche de la 5G, se fait via un débat public sur un temps très court. Celui-ci a trois objectifs :

– La montée en compétences des citoyens sur ce sujet

– Des débats autour des thèmes à enjeux qui questionnent les nantais

– Une coconstruction de l’action publique sur l’aménagement numérique du territoire.

Ce débat sert donc à sensibiliser et éduquer les nantais·es et organiser le déploiement de la 5G, avec à terme, une mise à jour de la « charte relative aux modalités d’implantation des stations radioélectriques ».

Le choix de faire ces échanges sur le seul mois de mars, pour qu’il puisse y avoir un débat lors du Conseil Municipal de début avril, est potentiellement dommageable. Du fait de sa courte durée, il est difficile d’impliquer tous les habitants de Nantes en plus des parties y ayant un intérêt (économique…). Enfin c’est la possibilité d’afficher qu’un échange démocratique a été mis en place tout en imposant la 5G. Il sera possible de prolonger le dialogue dans les mois qui suivent, sur les enjeux qui apparaîtront comme prioritaires à la suite de ce débat. D’un point de vue purement démocratique, cela reste très juste, notamment en ce qui concerne l’implication des citoyens, mais c’est mieux que l’absence de consultation totale.

1.3 Contexte sanitaire

Avant d’évoquer les enjeux et les limites pratiques du déploiement de la 5G, il faut d’abord évoquer l’aspect santé de cette technologie, dont le fonctionnement se base sur des ondes électromagnétiques dites non-ionisantes.

Les rayons ionisants sont un type d’énergie libéré par les atomes sous forme d’ondes ou de particules. Nous sommes exposés naturellement à ce type de rayonnement via le sol, l’eau ou encore la végétation. Les rayons X et certains dispositifs médicaux en sont aussi la source. Ce n’est qu’une fois exposé à un niveau excessif qu’il est possible d’expérimenter des effets sanitaires aigus (brûlures cutanées, syndrome d’irradiation…).

Un rayonnement non-ionisant est un rayonnement dont l’énergie électromagnétique est insuffisante pour ioniser un atome (c’est-à-dire lui arracher un électron). Ce sont les rayonnements de la lumière visible, des micro-ondes et les ondes radio.

L’ICNIRP (International commission on non-ionizing radition protection) a identifié, en 1998, les seuils d’apparitions d’effets délétères aujourd’hui avérés sur la santé des ondes non-ionisantes : effets thermiques sur les tissus pour les expositions lointaines (antennes) et proches (terminaux ex : téléphone…). A partir de ces seuils, elle a fixé une marge de sécurité 50 fois inférieure à ces seuils d’apparition de symptômes néfastes ( la commission considère que l’augmentation d’1°C de la température corporelle est néfaste). Le champ électrique maximum admissible est alors plafonné à 61 Volt/m. Par ailleurs, la plupart des pays, dont la France, ont mis en place des seuils bien en deçà du seuil maximum admissible. Plus globalement, les résultats d’analyses de mesures concluent à un niveau médian, en France de 0,38 V/m. Le niveau des champs est un peu plus élevé en milieu urbain qu’en milieu rural, et plus élevé en extérieur qu’en intérieur.

Depuis 1998, aucun effet thermique néfaste chez l’homme n’a été démontré pour les dispositifs de téléphonie soumis aux règles européennes. S’agissant d’autres effets à court terme, l’existence d’effets biologiques ont été avérés sans que leurs impacts n’aient été néfastes.

En ce qui concerne les effets d’une exposition aux ondes électromagnétiques à long terme, l’ANSES, en 2013, concluait sur l’absence de preuve avérées pour les effets non cancérogènes que ce soit sur : le système nerveux, le développement in utero, ou encore le système cardio-vasculaire…

Le niveau de preuve a également été jugé insuffisant pour en ce qui concerne les effets cancérogènes.

Pour en revenir à la 5G, les mesures sont difficiles à effectuer. L’agence nationale des fréquences (ANFR) a quand même pu effectuer des mesures sur les zones tests, et mis en place de nouveaux indicateurs. De plus, l’ANFR est arrivée à un résultat maximum de 1 V/m avec l’utilisation de la 5G. Les résultats sont en concordance avec les données d’autres pays européens qui l’ont déjà mise en place.

Si aucun élément actuellement tend à prouver que l’exposition aux ondes électromagnétiques non-ionisantes peut être néfaste pour la santé, l’ANSES considère que « la 5G diffère suffisamment des autres générations de téléphonie, pour que d’autres études sur son impact soient effectuées ».

2. Les enjeux principaux de la 5G

2.1 C’est une réponse à l’accroissement des débits et des nouveaux usages

La 5G s’inscrit dans un processus continu d’amélioration de la téléphonie. Et comme ses voisins européens, la France fait face à une forte augmentation de la consommation de données mobiles : entre 2015 et 2019, le volume de données mobiles consommées a été multiplié par 10. Ces accroissements de la consommation, sont entièrement dus au déploiement de la 4G sur le territoire français dans les années 2010. Les tendances vont d’ailleurs vers encore plus de consommation de ces données mobiles.

La 5G permet alors de répondre à la demande actuelle croissante, donne une marge de manœuvre et de la visibilité quant à la demande future. En effet, à terme, le réseau 4G ne pourra plus supporter le volume d’informations sollicitées par nos smart phones et autres appareils connectés. Les opérateurs téléphoniques prévoient une saturation du réseau vers 2023. La 5G offre une alternative grâce à sa plus grande efficience en termes de débit et de réactivité : pour autant d’énergie consommée par une antenne 4G, l’antenne 5G transmettra jusqu’à 10 fois plus de données et plus rapidement. Par ailleurs, contrairement à l’antenne 4G, quand une antenne 5G n’est pas sollicitée par un appareil à proximité, elle est mise en veille. Si elle reste malgré tout plus gourmande en énergie, la Chine a par exemple, décidé de couper ses antennes 5G pendant la nuit, pour réduire la consommation d’énergie liée à l’utilisation de ces antennes.

Outre sa capacité à répondre à la demande croissante en données mobiles des particuliers, la 5G va permettre le développement d’un grand nombre de technologies, dans tous les domaines.

Cette nouvelle génération de communication va améliorer techniquement des secteurs d’activités déjà existants : l’industrie du jeu vidéo, de la télévision à la mise en ligne de contenu sur Internet, que ce soit le streaming ou encore la diffusion de vidéo (meilleure qualité d’image, diffusion et téléchargement plus rapide…). Les usines manufacturières utilisatrices de robots et dotées d’un réseau internet interne important, seront alors en capacité d’innover et de faire évoluer leurs outils de production : gain de productivité et potentielles économies d’échelle seront à la clé.

La 5G offre des opportunités de création d’outils sans fils susceptibles d’être utilisés dans des domaines aussi variés que l’automobile (voitures autonomes) ou la médecine (opération à distance, diagnostic plus rapide en cas d’intervention des urgences…), qui jusqu’ici n’avaient pas forcément besoin d’une connexion internet. Enfin, les visioconférences seront probablement moins pénibles.

La 5G sera à l’origine de nombreuses innovations prêtes à révolutionner notre utilisation d’Internet, mais aussi des secteurs industriels

2.2 Elle nécessite des investissements massifs

Sur le plan économique, les nouvelles innovations et le renouvellement des machines que la 5G promet, seront source de croissance, de profit mais avant tout, et à l’origine, d’investissements.

L’État ainsi que les entreprises privées seront les sources de ces investissements.

Les investissements publics ont pour objectif de fixer le cadre du déploiement de la 5G sur 4 volets : l’offre et la demande 5G, la mise en place d’une feuille de route pour la R&D et enfin renforcer l’offre de formation.

Les investissements privés quant à eux, seront dirigés vers le déploiement en lui-même de la 5G :achat des bandes ou blocs de fréquences par les opérateurs, déploiements des antennes, conception de nouveaux smartphones compatibles avec la 5G…

Selon les théories économiques en vigueur, de tels investissements auront des effets positifs sur la croissance économique du pays dans son ensemble. Mis à part les innovations futures, ces investissements sont source de revenus pour les entreprises et à moyens termes, sources d’emplois et enfin de consommation des ménages et des entreprises. Tous ces indicateurs, s’ils repartent à la hausse seront la preuve d’une croissance économique tant convoitée par nos dirigeants.

La 5G pourrait être à l’origine d’une nouvelle révolution économique, comme ont pu l’être la révolution industrielle au 19ieme siècle ou l’apparition et le développement d’Internet plus récemment.

Cependant, si les promesses qu’offre la 5G sont palpables et encourageantes, son impact sur son environnement et sur la société doit être pris très au sérieux.

3. Les limites les plus importantes

3.1 Les limites économiques et idéologiques

Si la 5G comporte de nombreux avantages que ce soit en termes d’innovation ou de son éventuel pouvoir de relance économique, elle n’est pas dénuée de défauts.

Sur l’approche purement économique, la 5G est vue par ses défenseurs comme un moyen de pallier la demande accrue de données par les particuliers. Elle permettrait de résoudre le problème de la saturation du réseau 4G prévu pour 2023. Cependant, la 5G pourrait être à l’origine d’un effet rebond. C’est-à-dire qu’au vu de la consommation actuelle, les antennes permettraient de faire des économies d’énergie mais, c’est sans compter sur l’accès plus rapide aux données qui en doperaient la consommation. Cette accélération de la consommation sollicitera d’autant plus les antennes, réduisant les gains relatifs d’énergie acquis en cas de consommation faible ou moyenne. En Corée du Sud, depuis le passage de la 4G à la 5G, les clients ont multiplié par 3 le volume de données consommées, et ce en quelques semaines. Ce n’est donc que sur du moyen ou court terme, voire très court terme que les gains d’efficacité se feront sentir.

La 5G soulève également un débat idéologique : pourquoi la 5G ? Quels sont les objectifs finaux que la 5G nous permettrait d’atteindre en tant que société ?

Le déploiement de la 5ième génération de télécommunication, comme bien d’autres domaines, met en évidence les dérives de notre système économique actuel. La raison (affichée par l’État) de cette mise en place, c’est la course à l’innovation, la recherche de compétitivité et de la croissance économique pure. Les apports positifs comme négatifs de la 5G ne sont alors que des conséquences marginales, des progrès accessoires ou des effets négligeables. Sans objectif final au service de la société (réduction des inégalités, augmentation du bonheur…), le déploiement de la 5G est alors complètement dénué de sens, presque absurde. C’est une offre d’un produit qui espère que la demande soit au rendez-vous, la France comme le reste de l’Europe, n’est alors plus perçue que comme un marché et non une société.

Par ailleurs, les répercussions économiques et monétaires ne seront pas orientées vers les citoyens, mais plutôt vers les entreprises et les actionnaires de ces entreprises.

Paradoxalement, cette technologie qui vise à connecter tous les objets et tous les humains, sera complètement déconnecté de la réalité et des besoins sociaux de notre monde.

Cette déconnexion a d’ailleurs des conséquences négatives (voire très négatives) sur notre environnement, mais aussi sur notre tissu social.

3.2 Son impact environnemental et social

Les conséquences environnementales ne sont pas encore quantifiées, il n’existe pas d’étude globale de l’impact de la mise en place de la 5G. Il est malgré tout possible de relever au moins deux postes sur lesquels cette installation aura des conséquences.

Premièrement, l’énergie. Une antenne 5G consomme trois fois plus qu’une antenne 4G. A terme, il est possible d’imaginer que les antennes 5G tourneront à plein régime et qu’il y aura donc une consommation d’énergie trois fois supérieure à l’actuelle. Les sources d’énergie dont nos sociétés disposent (mis à part l’éolien et le photovoltaïque qui sont encore marginaux), sont soit du charbon, du gaz ou du nucléaire. Toutes ces sources ont un impact négatif sur l’environnement à court ou long terme, que ce soit en termes d’émissions de CO² ou de déchets.

L’autre secteur qui sera fortement impacté par le déploiement de la 5G est celui de la téléphonie mobile. La plupart des téléphones actuellement en circulation sur le marché ne sont pas compatibles avec la 5G. Pour pouvoir en bénéficier, il va donc falloir renouveler la quasi-totalité des terminaux présents sur le marché, et donc se débarrasser de nos anciens portables, provoquant une accélération artificielle de l’obsolescence de nos appareils. Il s’agit de dizaine de millions de téléphones en France et de milliard de terminaux dans le monde. Outre la production de nouveaux mobiles qui sera gourmande en énergie, c’est surtout l’épuisement des terres rares et des métaux précieux, qui servent à la fabrication des batteries et des micro-processeurs, qui se profile. Cet épuisement est d’ailleurs très proche : la production des nouvelles Playstation 5 est à l’arrêt, à cause de la raréfaction de ces matières premières.

Par ailleurs, il reste un autre aspect à évoquer. Le volet social de la 5G qui n’a pas été envisagé par l’État ou encore les entreprises, est pourtant un sujet important.

Là aussi, deux éléments importants peuvent être relevés parmi d’autres.

Le premier est celui de la sécurité des données et des informations collectées. Si l’ancienne application « StopCovid » nouvellement nommée « TousAntiCovid », a connu un échec cuisant, c’est bien à cause de la peur des Français d’être traqué partout sur le territoire.

Il est important de noter que les premiers appareils qui bénéficieront de la 5G, dans l’espace urbain, seront les caméras de surveillances. M. Darmanin s’en réjouit peut-être, les citoyens attachés à leurs libertés individuelles, probablement un peu moins.

De plus, la sécurité des données ne concerne pas que le gouvernement et ses tendances liberticides, mais aussi les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft). Ces cinq grandes firmes qui dominent le marché du numérique, sont très friandes de nos données personnelles, transmises de façon volontaire (post facebook, twitter…), ou involontaire via notre historique de recherche. Sans faire dans le complotisme, ces données permettent d’établir un profil plus ou moins précis des utilisateurs qui sont ensuite revendus à des tiers à des fins publicitaires. Là aussi, les libertés fondamentales des citoyens sont potentiellement mises en danger.

Le second poste est celui de la fracture numérique. Sur le territoire français, les grandes villes seront les seules à bénéficier de la 5G, dans un premier temps. En effet, les opérateurs cibleront le cœur des villes pour rentabiliser au plus vite leurs investissements. Quid des petites villes et des zones rurales, comme il en existe de nombreuses en Bretagne ?

Si en France au 3ieme trimestre 2020, 92,94 % des logements ont accès à un débit supérieur à 3 Mbits/s, seulement 60,9 % sont éligibles au très haut débit (>30 Mbits/s) selon le site Zone ADSL. La vraie priorité n’est pas le déploiement de la 5G mais de compléter la couverture réseau en très haut débit ou en fibre optique, pour faire disparaître les « zones blanches » qui disposent d’une très faible connexion ou qui n’en disposent pas du tout. En période COVID, où le télétravail se généralise, l’accès à une connexion internet de qualité se fait de plus en plus pressant, surtout dans les territoires qui n’en disposent pas. Une bonne couverture réseau, avec la fibre, l’ADSL ou la 4G permettra une décentralisation des emplois tertiaires des grandes villes, l’implantation ailleurs que dans les périphéries proches par les industries et à terme, une revitalisation des territoires. Le déploiement de la 5G nécessite déjà une excellente couverture. Or, elle n’existe que dans les métropoles, la mise en place prématurée de la 5G ne fera qu’accentuer les déséquilibres entre villes et zones rurales et accélérera l’effet aspirateur des grandes agglomérations, comme Nantes ou Rennes.

Conclusion

La 5G est la nouvelle technologie internet, porteuse de bien des promesses et d’innovations dans tous les domaines de l’activité humaine : l’agriculture, l’industrie, la médecine… Certains y voient même la prochaine révolution économique.

Cette nouvelle génération comporte aussi son lot de questions : qui va en bénéficier principalement ? L’État avec de nouveaux moyens de contrôle de ses citoyens ? Les géants des technologies qui vont avoir accès à un volume encore plus grand de données ? Les entreprises qui trouveront grâce à la 5G de nouveaux marchés ? Ou les citoyens qui verront leur niveau de vie et de bonheur augmenter ?

Les impacts sur la santé, bien que peu documentés, seront à surveiller lors du déploiement global de la 5G. Il sera également nécessaire d’innover en ce qui concerne le recyclage des matières premières nécessaires à la fabrication des antennes et des téléphones, si l’on veut continuer à avoir accès aux nouvelles technologies.

La 5G pose aussi la question de la fracture numérique et l’accès à Internet pour tous les territoires. Les villes seront les premières à bénéficier de cette nouvelle technologie, alors que des territoires reculés ne possèdent pas du tout d’accès au web. Quid de la fracture numérique entre classes sociales ? Qui aura les moyens de s’acheter un nouveau téléphone compatible 5G, au vu des tarifs pratiqués ?

Chacun de ces sujets aurait mérité de faire l’objet d’un débat public et d’une consultation des citoyens. Pourtant, le gouvernement français a décidé de faire fi de la démocratie et impose la 5G. Les motifs affichés que sont la course à l’innovation et la compétitivité sont vains, sans réels fondements idéologiques bénéfiques à la société, dans son ensemble. Un débat politique aurait permis de répondre à toutes ou partie des questions posées plus haut. Les territoires auraient eu le choix sur le déploiement ou non de la 5G, sur la méthode ainsi que sur les sujets prioritaires à cibler la concernant.

A Nantes, la volonté de créer un débat et de nouer des échanges sur les enjeux de la 5G est à saluer, la gestion politique à l’échelle nationale reste très contestable.

Finalement, cette nouvelle technologie nous interroge sur les bases de notre société moderne, sur notre mode de représentation politique et sur notre conception de l’économie.

Sommes-nous prêts à sacrifier notre voix politique au profit du progrès technique ? Notre environnement pour l’innovation ? N’avons-nous pas, en réalité, déjà fait ces sacrifices ?

Si oui, comment reprendre la main ?