On attendait une confrontation d’idées…on a eu un affrontement
La réunion-débat organisée à l’UBO par la députée Mélanie Thomin n’a pas eu lieu : elle a viré à l’affontement malgré un thème qui aurait pu donner matière à réflexion, en particulier ici, à la pointe du Finistère que l’on sait très militarisée avec la présence de la Marine, de l’Ile longue et d’entreprises comme Thalès, Naval Group..
Les militants UDB du pays de Brest n’ont pas souhaité réagir « à chaud », mais prendre un léger temps de recul pour ne pas alimenter un flux d’échanges stériles, plus chargé en émotions qu’en arguments critiques.
Sur la forme, on peut comprendre la réaction vive et même bruyante d’un public très remonté : le thème du débat (« Les Finistériens face à la guerre : rapprocher les citoyens des enjeux de Défense à l’heure des nouvelles conflictualités ») a renvoyé directement une partie de ce public à l’avertissement du général Mandon en novembre dernier : « La France doit acepter de perdre ses enfants ». Cet avertissement est relayé par des va-t-en-en-guerre qui veulent instaurer des cours de Défense obligatoires dans les collèges et lycées, cours donnés par des militaires réservistes, et un stage militaire qui donnerait des avantages pour le bac et les études supérieures. Cette ingérence de l’armée dans l’Education doit être débattue au Sénat le 2 juin prochain et les citoyens sont légitimes pour exprimer leur mécontentement auprès de leur sénateur. Le SNU a été un fiasco, mais qu’à cela ne tienne : les tenants d’une militarisation rampante de la jeunesse garantissent un examen plus favorable du dossier Parcoursup pour les engagés du service national !
Ajoutons à cela une programmation du débat annoncé à l’UBO au moment même où, contrairement au budget de la Défense en augmentation, les universités sont lâchées par l’Etat et que presque toutes présenteront un budget en déficit en 2026, au moment où l’Etat vient d’annoncer une réduction du budget du CNRS de 20 millions d’euro pour l’année en cours, au moment où il est question d’augmenter les frais de scolarité universitaire pour les étudiants étrangers extracommunautaires…et on comprendra pourquoi le débat est arrivé en terrain miné.
Mais comprendre une situation ne veut pas dire approuver. Notre société a besoin de débats dans lesquels s’affrontent, non des personnes ou des partis, mais des arguments contradictoires. Le clash, l’obstruction, l’invective ne les favorisent pas, bien au contraire. S’engager dans un débat, c’est se mettre intellectuellement en danger : le public qui a choisi l’obstruction a opté pour la facilité. Le but du débat n’est pas de gagner quoi que ce soit ou d’obtenir un consensus, c’est une contribution au bien commun : réintégrer la conflictualité et la diversité des approches dans la pratique de la démocratie. Réduire l’opposant au silence c’est priver les citoyens de la puissance transformatrice de l’échange.
Pour passer de l’expression de la colère à la pratique du débat constructif, l’UDB appelle de ses vœux une culture démocratique, développée dès l’école et dans l’éducation populaire, avec le soutien des institutions publiques.
Anne-Marie Kervern, pour la section UDB – Pays de Brest