La crise du logement s’installe et s’aggrave. Depuis la flambée des prix amorcée en 2020, des millions de personnes ont été exclues du marché de l’achat, tandis que le marché locatif est désormais saturé. Les mesures prises par le gouvernement, sous la pression des mobilisations, ont permis tout au plus de contenir l’incendie — sans réparer les dégâts.
Contrairement à certains discours simplistes, il ne suffit pas de construire toujours plus, toujours plus vite. Préserver nos terres agricoles est une nécessité. Nous n’avons pas à choisir entre se loger et se nourrir.
Le cœur du problème est ailleurs : dans des territoires où vivent des millions de personnes, les logements abordables manquent cruellement… tandis que des centaines de milliers de logements restent vides une grande partie de l’année. En Bretagne, en Corse, à Paris, en Savoie, au Pays Basque — et dans bien d’autres territoires — le tourisme prend le pas sur le droit d’habiter.
Les meublés de tourisme de type Airbnb et les résidences secondaires accaparent des logements indispensables aux familles et aux travailleurs. La situation est parfois absurde : dans certaines communes littorales ou insulaires, des habitants vivent à l’année au camping, pendant que des logements classiques sont loués à la nuitée. Même les salariés du secteur touristique peinent à se loger sur leur lieu de travail.
Il est temps de rétablir un principe simple : les logements doivent d’abord servir à loger celles et ceux qui vivent à l’année sur le territoire. L’accueil des vacanciers a toute sa place, mais il doit s’appuyer prioritairement sur une offre dédiée — hôtels, campings, gîtes — et non sur la transformation massive de logements classiques.
Des avancées ont été obtenues grâce à la mobilisation de collectifs locaux, d’associations, d’élus et de forces politiques. L’adoption de la loi Lemeur a permis de renforcer les capacités de régulation des collectivités sur les locations de courte durée et de commencer à rééquilibrer la fiscalité. Je tiens à saluer en particulier l’engagement de Véronique Deschamps pour les droits des habitants des territoires touristiques.
Mais ces avancées restent insuffisantes. Les communes disposent encore de moyens trop limités pour agir efficacement. La question des résidences secondaires, pourtant centrale, demeure largement hors de portée. Les dispositifs existants sont restreints, partiels, et réservés à un nombre trop limité de territoires.
Face à cette situation, plusieurs mesures doivent être mises en œuvre :
- permettre à toutes les communes qui le souhaitent d’appliquer une majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires ;
- déplafonner cette taxe et introduire des critères de progressivité ;
- étendre à l’ensemble des communes et intercommunalités la possibilité d’instaurer des servitudes de résidence principale dans les documents d’urbanisme ;
- permettre aux territoires volontaires d’expérimenter un statut de résident principal ;
- orienter les droits de succession issus des logements vers la rénovation thermique, la réhabilitation et la production de logements sociaux.
Se loger ne doit pas devenir un privilège réservé à quelques-uns. C’est un droit fondamental. Il est temps de remettre le logement au service de celles et ceux qui vivent et travaillent sur nos territoires.
Lydie Massard, co porte parole de l’UDB