L’affaire du « portrait retourné », ou la caricature d’une personnalisation du pouvoir

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Lors d’un mariage à l’hôtel de ville de Brest, le portrait d’Emmanuel Macron a été masqué à la demande, nous dit-on, des futurs mariés. Le crime de lèse-président a provoqué l’ire du préfet du Finistère, Louis Le Franc, qui a demandé au maire de prendre des mesures afin d’en sanctionner l’auteur.

          Mais, au fait, de quel délit s’agit-il ? L’article 2 de la Constitution de la cinquième République fixe explicitement les symboles officiels de l’État : Le drapeau tricolore, l’hymne national La Marseillaise, la devise Liberté, Égalité, Fraternité, le principe Gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Pas un mot sur l’obligation d’exposer le portrait du Président. Une proposition de loi visant à rendre obligatoire cet affichage dans les mairies a bien été déposée en février 2021 par deux députés Renaissance (majorité présidentielle) mais celle-ci n’a finalement pas été examinée. Par conséquent, la demande de sanction administrative exprimée par le préfet ne repose ni sur un texte juridique, ni sur une jurisprudence. Un préfet devrait savoir ça !

          Il s’agit d’une simple coutume dont on est en droit de douter qu’elle soit réellement républicaine. Car enfin, quand on dit tradition, coutume, il est bon d’en rechercher l’origine qui en dit souvent long sur sa nature, et en l’occurrence, celle-ci est peu glorieuse. En effet, le premier chef de l’Etat à avoir voulu systématiser la diffusion de son portrait dans les bâtiments publics et les hôtels de ville, est Adolphe Thiers, celui qui a réprimé dans le sang l’insurrection de la Commune de Paris. Seul le régime de Vichy dirigé par Pétain, collaborateur avec les nazis, a rendu cet affichage strictement obligatoire par une instruction ministérielle, avant qu’elle ne soit abrogée à la Libération. Un préfet devrait aussi savoir ça !

          Que nous révèle cette intervention déplacée, sinon la volonté de détourner l’attention des vrais problèmes, en particulier la régression dramatique des services publics, une pitoyable diversion pour faire oublier la faillite de l’Etat face aux grands défis de l’urgence sociale, sanitaire et environnementale ? Cette vaine polémique ne masquerait-elle pas une gêne face au mécontentement légitime des professionnels de la santé, de la sécurité et de l’éducation ?

          Jamais dans l’histoire, et nulle part dans le monde, la personnalisation outrancière du pouvoir n’a servi la cause de la Démocratie. Cette focalisation sur la personne du Président affaiblit le Parlement, menace l’Etat de droit et représente un danger pour les corps intermédiaires. Elle ouvre grande la porte vers les dérives autoritaires, une perspective que combat l’Union Démocratique Bretonne par son positionnement historique contre la tradition bonapartiste, moteur de l’hyper-présidentialisation et de l’hypercentralisation qui paralysent l’Etat.

Pour l’UDB pays de Brest, Anne-Marie Kervern, ancienne adjointe au maire de Brest

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