Santé : sommes-nous réellement encore en démocratie sanitaire ?

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Communiqué de la fédération UDB du Trégor-Goëlo

Sous différents gouvernements, depuis plusieurs décennies, nous avons observé des décisions politiques et financières constituant une succession d’attaques contre le système de santé. Ces attaques incluent le maintien jusqu’à peu d’un numérus clausus qui n’avait pas anticipé le vieillissement de la population ni celui des médecins, cela inclut le paiement à l’acte, la dégradation des conditions d’exercice des soins à l’hôpital public entraînant déshumanisation des soins et la perte de dignité professionnelle des soignants provoquant des démissions en cascade, des fermetures de lits (29 800 lits ont été fermés entre 2016 et 2022 dont 6 700 en 2022), ainsi que la fermeture de structures telles que des maternités, des hôpitaux et des urgences.

Chaque jour, nous sommes toutes et tous témoins de la dégradation du système de santé : de nombreuses familles n’ont pas de médecin traitant, les délais pour obtenir des rendez-vous chez des spécialistes sont allongés, il y a des difficultés pour les examens de dépistage du cancer (mammographie), l’offre de soin concernant la santé mentale est inadaptée aux besoins. Plus récemment, nous avons connu la fermeture nocturne des urgences de Lannion. Cette fermeture nocturne pourrait devenir le fonctionnement normal à partir de mars 2024 (mode dégradé des urgences régulées par un appel au 15). La transformation des hôpitaux de Lannion et de Guingamp en hôpitaux de proximité (sans maternité, sans urgence, sans chirurgie H24) rattachés au GHT (Groupement Hospitalier de Territoire) de Saint-Brieuc devient une possibilité. L’inégalité territoriale pour l’accès aux soins est plus que jamais une réalité. Nous ne sommes plus véritablement en démocratie sanitaire, démocratie qui devrait permettre l’équité face à la maladie ou au besoin de soins. À l’inégalité territoriale s’ajoute la financiarisation du secteur de la santé (des holdings propriétaires de cliniques privées spécialisées dans des actes très rentables) et une médecine à deux vitesses (résignation pour certains à ne pas se soigner, dépassement d’honoraires et non remboursement de médicaments).

Il n’est pas reproché au gouvernement d’être en incapacité de former à très court terme des médecins et du personnel soignant : il lui est reproché de ne pas avoir initialisé une adaptation il y a 7 ans. Il lui est reproché de ne pas prendre aujourd’hui les mesures urgentes qui auront un effet positif seulement dans 15 ans : après la suppression du numerus clausus, il faut envisager d’augmenter le numerus apertus.

Pour le moyen et le court terme il existe de nombreux dispositifs et solutions à étudier, à discuter et à mettre en place : amélioration des conditions d’exercice des paramédicaux (une population très féminisée : logement à proximité, crèches), instauration de ratios (1 soignant pour 7-10 malades) pour réhumaniser les soins et rendre à nouveau attractif l’hôpital public aux yeux des soignants, meilleure rémunération du travail de nuit et du week-end, meilleure gestion de l’évolution des carrières et fidélisation des soignants expérimentés, fonctionnement en équipe, équité « public/privé » pour la rémunération des intérimaires médicaux (cf la loi RIST : plafonnement des rémunérations des intérimaires médicaux pour le secteur public introduisant une distorsion d’attractivité en faveur du secteur privé), optimisation de certains parcours de soin sans altérer leur qualité, possibilités de sollicitation ciblée des pharmaciens et des IPA (Infirmière de Pratique Avancée) pour soulager la médecine de ville et par vertueux effet domino soulager les urgences, suppression de la multiplication des actes identiques rapprochés,  incitations (positives ou modérément coercitives ?) à l’installation de médecins dans les déserts médicaux…

 

L’Union Démocratique Bretonne considère que la verticalité des décisions (de Paris à nos territoires) génère une perte d’efficacité et des décisions inadaptées. La politique de santé devrait être sous le contrôle d’élus régionaux directement responsables devant leurs électeurs. Plus généralement, la notion d’autonomie chère à l’UDB, est un principe également souhaité par le personnel soignant : souhait d’autonomie pour les établissements (avec également une moindre intervention des administratifs souvent perçus comme une nouvelle noblesse managériale).

 

Aujourd’hui, il est de notre devoir à tous de réagir. Si le système de santé et l’hôpital public en danger s’effondraient davantage, il serait ensuite difficile de les rétablir. Une financiarisation du secteur de la santé, un système privé totalement calqué sur le modèle inégalitaire de santé des États-Unis est plus que jamais une alternative crédible à redouter. La logique néolibérale et l’individualisme ambiant nous ont lentement engourdis au cours de ces décennies en nous laissant spectateurs de cette lente et programmée dégradation. Nous étions assoupis « dans le lit clos de la résignation ».  

La santé est un droit fondamental et la « démocratie sanitaire » est essentielle pour garantir l’équité face à la maladie et aux besoins de soins. La mobilisation citoyenne doit faire entendre sa voix. Nous devons toutes et tous nous engager pour protéger notre système de santé et garantir l’accès égalitaires aux soins. La Fédération UDB Trégor-Goëlo appelle donc toutes et tous à se mobiliser fortement lors des actions qui seront conduites lors de ce mois de janvier pour défendre nos hôpitaux publics : par exemple à Lannion le samedi 13 janvier 2024 rendez-vous à 10h30 quai d’Aiguillon (puis prises de paroles devant la mairie puis dispersion devant la sous-préfecture).

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