L’UDB met en lumière les enjeux de l’incarcération lors d’un forum à Vannes

Partagez
Tweetez
Envoyez

Lundi 7 octobre, l’UDB organisait un forum à Vannes sur la question des prisons. Au-delà du projet de prison de 550 places prévu à Vannes pour une mise en service en 2027, nous estimons que la prison est un sujet de société car c’est un élément au cœur de nos règles communes. Par conséquent, il est sain, en démocratie, d’en parler librement afin de vivre dans une société apaisée. Ce forum fut un succès. 

Parmi les intervenant.e.s, Maud Kervella et Morgane Le Roux, qui travaillent au service d’insertion et de probation (SPIP) des prisons de Ploemeur et de Vannes et secrétaires du syndicat CGT des services pénitentiaires d’insertion et de probation du Morbihan. Elles ont abordé la situation actuelle des prisons du département. Xavier Coeur-Jolly, cadre-formateur dans les établissements pénitentiaires pour un délégataire et chef de centre de jeunes en équipes de travail, et Lisa De Rammelaere, avocate au barreau de Vannes et représentante de la section de Vannes de la Ligue des Droits de l’Homme, ont également apporté leur expertise.

L’événement a permis d’engager des discussions enrichissantes sur les enjeux liés au système pénitentiaire. Ce fut l’occasion de soulever plusieurs points essentiels sur la gestion de l’incarcération en France. Les participant.e.s ont souligné que l’objectif ne doit pas être d’incarcérer davantage, mais de mieux incarcérer, non seulement pour les individus concernés, mais aussi pour l’ensemble de la société.

La prison de Vannes accueille aujourd’hui 105 détenus pour 45 places. La maison d’arrêt et le centre de détention de Plœmeur héberge 317 détenus pour 187 places. La population écrouée a doublé en France depuis 1982. La France incarcère proportionnellement deux fois plus de personnes que les autres pays européens. L’Etat français a ainsi été condamné en 2020 et en 2023 par la Cour Européenne des Droits de L’homme pour ses conditions indignes de détention. La surpopulation carcérale ne reflète pas une augmentation de la délinquance, mais des choix politiques.

Le système pénal actuel n’est pas un outil efficace pour réduire la récidive, avec un taux alarmant de 60 % de récidive quatre ans après la sortie de prison. Le profil de détenus est par ailleurs très marqué socialement : 96% sont des hommes, la moitié d’entre eux a moins de 33 ans, ils sont issus d’un milieu défavorisé et connaissent une situation de grande précarité, 44% n’avaient aucun diplôme avant l’incarcération, la moitié était sans emploi, 38% souffrent d’addictions et 8 sur 10 présent au moins un trouble psychiatrique.

En réalité, la détention renforce ce risque, en isolant les individus de la société, en leur faisant perdre accès à un emploi, à un logement stable ou à des aides sociales, tout en aggravant leurs difficultés familiales. L’incarcération est un traumatisme. Une proposition  portée par la LDH  et la CGT SPIP est ainsi d’autoriser un accès contrôlé à internet pour les détenus afin de leur permettre de s’informer, d’exercer leurs droits, préparer leur avenir professionnel, maintenir les liens familiaux et ne pas « décrocher » des modes de fonctionnements de la société. https://internet-en-prison.fr/

Par ailleurs, 43% des places du parc pénitentiaire français étaient en gestion déléguée en 2011 en conséquence d’une politique décidée en 1988 par le gouvernement Chirac. C’est à dire que ce sont des entreprises qui exercent l’ensemble des missions pour le fonctionnement de la prison, en dehors des tâches régaliennes: restauration, blanchisserie, maintenance, nettoyage, transport, travail, formation. La future prison de Vannes devrait générer 338 emplois. La question du mode de gestion qui sera choisi se pose donc, ainsi que celle des conséquence d’un tel centre de détention concernant le logement sur les communes avoisinantes, sur le transport, et sur les établissements impactés tel que l’hôpital Chubert et l’Établissement Public de Santé Mentale de Saint-Avé.

Les discussions ont montré que les alternatives à l’incarcération (bracelet électronique, travaux d’intérêt généraux, prison ouverte…) réduisent de moitié le taux de récidive. Et ce d’autant plus que le coût de la détention est de 45€/jour par détenu alors qu’il est de 9€/jour avec un bracelet électronique.

Enfin, les intervenant.e.s ont conclu en insistant sur l’importance de retrouver du sens à l’incarcération et sur la prévention, qui passe notamment par l’école et par l’accompagnement des familles.

Les discussions ont ainsi montré qu’il était impératif de repenser notre rapport à la prison et d’envisager une nouvelle approche de la justice pénale pour construire une société plus juste et réhabilitante.

Partagez
Tweetez
Envoyez