Motions présentées et adoptées au Congrès de l’UDB.

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1) MOTION « POUR UNE PRISE EN CHARGE DU GRAND ÂGE ET DU HANDICAP »

Présentée par la fédération du Finistère

La sortie du livre Les Fossoyeurs, sur la gestion et le contrôle des EHPAD, a été le véritable déto- nateur de la mise au grand jour de situations de maltraitances quasi institutionnalisées, reflet, souvent, d’un manque de moyens criants dans l’accompagnement de nos aînés vulnérables. Cette situation était pourtant largement prévisible, voire connue de nos gouvernants successifs (rapport Iborra-Fiat 2018 – rapport Liébault 2019 – rapport El Komry 2019 – rapport Roussy 2021 – Haut-commissariat au plan n° 18 2023…).

L’UDB ne tolère plus cet attentisme « déshumanisant » et se mobilise pour l’élaboration et la mise en œuvre immédiate d’une grande loi du grand âge. Elle doit se concrétiser par l’importance des moyens qui y seront consacrés et par le respect de la pleine expression de la citoyenneté de nos aînés. Elle devra permettre à tous et en tous points des territoires la possibilité de « bien vieillir », « dans
son chez-soi », en se prévenant du risque de fragilité ou de dépendance. L’offre de parcours domiciliaires devra être adaptée aux attentes et aux besoins de chacun, et ceci quel que soit son niveau d’autonomie et sa condition sociale.

L’accompagnement du grand âge est un des principaux enjeux sociétaux des deux prochaines décennies. L’UDB sera source de propositions et soutiendra toutes propositions innovantes et respectueuses des projets de vie des personnes âgées vulnérables, mais sera tout aussi vigilante et opposante à toute dérive mercantile libérale pour l’avenir de nos aînés. Cette mobilisation s’étend aux personnes en situation de handicap dont le maintien à domicile devient très difficile et dangereux faute d’auxiliaires de vie ou d’aides à domicile en nombre.

2) MOTION SUR LE GALLO

Présentée par le groupe de travail sur le gallo. L’UDB est engagée à faire avancer cette politique publique au sein des institutions municipales, départementales et régionales où elle est présente.

Considérant :

Que notre parti a posé un point d’étape en la matière dans son livre-programme S’émanciper, mais qu’une actualisation des objectifs s’impose pour prendre en compte les évolutions récentes. Qu’une grande partie de la population bretonne ignore l’existence du gallo (40 %).
Qu’il existe un continuum de pratique entre le gallo et le français, qui complique l’identification du gallo, avec des perceptions allant du « français local » à la « langue » en passant par le « dialecte » ou le « patois », mais que ces différents degrés de différence vis-à-vis du français sont aussi une richesse et ne doivent pas induire une hiérarchisation des usages.

Que depuis un certain temps les revendications militantes pour la sauvegarde du gallo s’intensifient en haute Bretagne, où des associations sollicitent la participation des institutions à la mise en place d’une politique publique plus avantageuse (régions, départements, EPCI, municipalités…), notamment en matière de signalétique. Que le développement de l’enseignement du breton et le déploiement prévu par la convention État-Région de la signalétique bilingue français-breton dans l’est des Côtes-d’Armor et en Ille-et-Vilaine, largement soutenus par la population, posent avec une nouvelle acuité la question de la place du gallo sur ce territoire.

Que ne jouissant pas d’institution ayant les prérogatives officielles pour fixer son code écrit, le gallo n’a pas encore arrêté une seule norme orthographique et le consensus sur une seule manière de l’écrire n’est pas complet parmi ses locuteurs.

Qu’une certaine action militante tend à opposer la légitimité du gallo au détriment du breton selon des critères de territorialité qui ne correspondent plus aux attentes de la population et de la pratique des langues, et que cette attitude ne profite qu’à ceux qui ne veulent ni de l’une ni de l’autre.

L’UDB affirme :

Que les citoyens qui ont hérité d’une langue minorisée en plus du français ont le droit, au nom de l’égalité, à connaître et à parler leur langue ; à la préserver et la transmettre aux jeunes générations ; à exiger des administrations compétentes sa présence dans le plus grand nombre de domaines publics (enseignement, communication, média, culture, collectivités, etc.).

Que la parité d’estime pour le breton et le gallo va de soi, et que leur légitimité aussi.

Que la société civile a le droit de réclamer une meilleure prise en charge de cette politique linguistique par les institutions, y compris l’État et les institutions internationales ; que l’UDB s’engage à faire avancer la législation française avec l’objectif de favoriser définitivement le droit des langues minorisées à une reconnaissance officielle, grâce à un changement de l’article 2 de la Constitution.

Que la population bretonne et en particulier de haute Bretagne, y compris les nouveaux arrivants, doit être informée de l’existence du gallo et avoir accès selon différentes modalités à des contenus culturels en gallo.

Que l’UDB, dans son action institutionnelle, doit veiller à ce que chacune des langues bénéficie des actions adéquates pour les faire progresser.

Que l’UDB considère l’apprentissage, la transmission et la pratique orale fondamentales pour la sauvegarde de nos langues ; une langue qui n’est plus parlée est une langue morte.

Que l’état actuel des connaissances sur les aspirations de la population de haute Bretagne en matière de politique linguistique montre l’inadéquation d’un simple décalque pour le gallo de la politique menée en faveur du breton, et nécessite de la part des institutions, si elles ne veulent pas entrer en contradiction avec les aspirations de la population, la définition d’une politique linguistique originale pour le gallo, prenant en compte notamment la question des degrés de proximité avec le français.

Qu’une politique linguistique pour le gallo doit être menée en Bretagne, politique basée sur la situation sociolinguistique objective du gallo et prenant en compte la demande sociale, sans pour autant être enfermée dans une pure logique de réponse à cette seule demande, mais en y ajoutant une démarche pro-active pour faire connaître le gallo (via les médias et le déploiement des initiations au gallo notamment).

Que les communes, lieu du débat démocratique le plus direct et le plus accessible, doivent pouvoir continuer à déterminer librement la politique linguistique qu’elles mènent et notamment les choix de signalétique bilingues ou trilingues ; à ce titre, l’UDB s’oppose fermement aux pratiques de vols de panneau en breton comme en gallo.

Que la convention État-Région prévoyant le développement de la signalétique bilingue français-breton en Ille-et-Vilaine et dans l’est des Côtes-d’Armor doit s’appliquer, en y ajoutant le gallo là où la population et les collectivités le souhaitent.

Sur la base de ces principes, l’UDB entend renouveler et approfondir son soutien à une politique linguistique adaptée à la situation du gallo, à la diversité de ses usages et de ses perceptions, et aux attentes de la population de haute Bretagne. Pour l’UDB, les axes prioritaires de cette politique sont, à l’heure actuelle :

– le soutien au collectage du patrimoine oral gallo, à la recherche linguistique et sociolinguistique ;
– le renforcement du soutien budgétaire aux politiques linguistiques ;
– le développement de l’initiation au gallo à l’école, avec l’objectif d’une généralisation, ainsi que d’opérations de sensibilisation des adultes vivant en haute Bretagne à l’existence du gallo ;

– le développement du gallo dans les médias publics, notamment sur France 3 et France Bleu Armorique, en valorisant les pratiques des locuteurs ;

– la formation d’enseignants capables de transmettre le gallo ;

– les liens entre apprenants, nouveaux locuteurs et locuteurs natifs, en renforçant les actions intergénérationnelles ;

– le redéveloppement de l’offre d’option gallo dans l’enseignement secondaire.

3) MOTION « DE LA QUESTION DES DISCRIMINATIONS »

Présentée par le groupe de travail sur l’intersectionnalité, mandaté par le BP, suite au débat sur ce sujet qui a eu lieu lors du précédent Congrès.

Le débat politique en France, contrairement à celui d’autres pays d’Europe, est progressivement dominé par les questions identitaires. Sur ces questions, la gauche en France apparaît divisée dans ses analyses et dans les réponses qu’elle formule, donnant le sentiment de tomber dans les pièges tendus l’un après l’autre par l’extrême droite et la droite illibérale, qui déterminent désormais le référentiel doctrinaire :

– d’une part, une partie de la gauche française se concentrerait sur les luttes contre les discriminations communautaires et ne proposerait que des réformes sociétales, désertant le terrain social, tandis que l’autre partie continuerait à considérer la question sociale comme le front principal et ne prendrait pas assez en compte les autres formes d’injustices, en invoquant l’universalisme comme réponse unique aux revendications qualifiées de « communautaristes » ;

– d’autre part, une partie de la gauche, stato-républicaine ou nationaliste, invoquant sans cesse la République et ses valeurs, entretient une confusion entre celle-ci, l’État, la nation et le peuple, sans mettre en avant le concept de démocratie. L’autre partie place les questions de démocratie au cœur de sa pensée politique sans sacraliser l’État et promeut l’internationalisme. L’avènement du capitalisme financier absolutiste a entraîné la fin du contrat social qui avait permis de produire un espace politique à la social-démocratie et avait offert à l’ensemble des opprimés et des exploités de se retrouver sur un terrain commun et dans les mêmes lieux. Ce cadre commun n’existe plus et les précaires, les opprimés, les discriminés, les perdants de l’ère capitaliste absolutiste ont été contraints d’intégrer de nouveaux espaces de solidarité, affinitaires ou communautaires, pour résister.

Lutter à gauche contre les discriminations.

Comprendre les discriminations et s’outiller pour les déconstruire passe par la prise en compte de toutes les discriminations, pas seulement celles liées à la classe, mais bien de toutes celles qui sont le résultat de processus aboutissant à un écart de traitement entre deux personnes ou deux groupes, de l’un au détriment de l’autre, que cet écart soit le résultat de politiques publiques revendiquées ou de fait. L’analyse intersectionnelle offre un outil intéressant de compréhension de la multiplicité factorielle des discriminations qui peuvent toucher certaines personnes, cette multiplicité n’étant pas comprise comme une liste de discriminations contingentes au contexte mais comme un système discriminant cumulatif : une personne victime de plusieurs discriminations systémiques pourra être discriminée de manière partielle ou totale, si son interlocuteur appartient au sous-groupe détenant le plus haut capital de domination sociale. En ce cas, la domination sera per-
çue par la victime comme cumulative jusqu’à l’insupportable et seule l’analyse intersectionnelle permet de rendre compte de cette dimension particulière.

Les luttes menées au nom de communautés qui se perçoivent comme discriminées sont tout d’abord des réactions de défense contre la violence de l’injustice subie par les victimes elles-mêmes. Ces victimes forgent alors de nouveaux vocables et concepts pour qualifier ce qu’elles subissent (racisé, racisme post-colonial, etc.), vocables incompris ou rejetés par celles et ceux qui ne font pas partie de leur communauté et peuvent s’estimer exclus, et a fortiori par les dominants, qui y voient une menace existentielle : l’émergence de ces nouvelles luttes, revendications et concepts a provoqué chez les dominants une campagne pour les disqualifier avec des termes englobants, le «wokisme » ou la « cancel culture ». Cette radicalisation des suprémacistes fait progressivement dérailler le débat public vers une droite de plus en plus barbarisée, tandis que l’ancienne droite conservatrice glisse ouvertement vers le néo-fascisme, qui rend d’autant plus ur-
gente la nécessité de dépasser les luttes défensives qui échouent à l’endiguer, en participant à la définition et la promotion de concepts aptes à assurer la victoire de la perspective d’émancipation que nous défendons, au-delà de l’appel incantatoire à la « convergence des luttes » sans analyse critique : dans sa participation aux luttes des opprimés, la gauche ne doit en aucun cas tomber dans le piège de la participation à la construction de contre-espaces de domination, c’est-à-dire l’organisation de groupes ou communautés fonctionnant selon des logiques d’appartenance, reproduisant in fine les mêmes schémas que ceux des groupes suprémacistes et conduisant à terme à l’affirmation d’identités meurtrières.

Lorsque les justifications de ces contre-espaces de domination sont analysées, leur réduction ultime est en effet (presque) toujours celle du relativisme éthique qui, partant du principe que des cultures différentes ont des principes moraux différents, pose le principe subséquent selon lequel les comportements et actions de tout individu sont évalués et mesurés à l’aune des principes moraux de la communauté à laquelle l’individu appartient. Si cette théorie semble séduisante par la dimension de « dé-assignation » qu’elle porte et la dénonciation d’un universalisme théorique que nous savons être source de multiples discriminations, elle est en réalité porteuse par nature de nouvelles discriminations. Nous ne pouvons ni excuser ni accepter les violations des droits fondamentaux et cette invisibilisation/domination de personnes ou catégories de personnes au prétexte qu’une des dimensions de leur identité pour soi serait l’étalon d’une assignation supérieure, non dépassable, même en cas de contradiction violente avec les autres dimensions de cette identité pour soi. Le relativisme éthique ne constitue donc pas un outil de lutte contre le suprémacisme des dominants car il sème par nature les germes d’un sous-suprémacisme alternatif et la création d’une caste de dominants chez les dominés, dans une logique mortifère transformant à terme le
corps social en une somme de communautés étanches et agressives. Le néo-fascisme ne pouvant être combattu par la création de néo-fascismes de substitution, la gauche démocratique doit op- poser à cette dynamique de contre-espaces de domination la construction d’espaces de contre-domination et, pour ce faire :

– développer une analyse critique prenant en compte la dimension intersectionnelle des rapports de domination – y compris les rapports de classe ;

– réaffirmer la validité intrinsèque des concepts d’égalité, de dignité, de liberté de choix, de démocratie collective, de participation civique ;

– rester radicalement vigilante face à tout relativisme éthique porteur, sous couvert de solidarité avec les dominés, de création de micro-sociétés ou communautés où s’organiseraient de nouveaux rapports de domination ;

– renouveler la notion de convergence des luttes, en y intégrant les nécessaires notions de démocratie et d’émancipation, qui résument ses valeurs les plus profondes.

Cette nouvelle convergence des luttes démocratiques permettra à la gauche démocratique sociale de faire le tri nécessaire entre les luttes sectionnelles, qui visent à remplacer une domination par une autre – que nous ne pouvons ni excuser ni accepter –, et les luttes sectionnelles, qui participent d’un projet émancipateur, porteuses de valeurs que nous reconnaissons et partageons.

La position de l’UDB:

L’analyse intersectionnelle des dominations est pour l’UDB une grille de lecture pertinente de la modernité, bousculée par le capitalisme barbarisé et la montée du néo-fascisme, qui détruisent l’idée même de classe dans l’esprit de l’immense majorité des précaires et provoquent par réaction replis identitaires, tentations autoritaires et culte de la violence.

Notre parti ayant :

– intégré depuis longtemps la question des discriminations collectives à sa réflexion ;
– un solide ancrage dans la lutte contre les inégalités socio-économiques ;
– toujours placé l’émancipation individuelle et collective au centre de ses préoccupations ;
– l’internationalisme et la solidarité entre les peuples comme constituants fondamentaux de son identité ; les valeurs partagées par ses adhérents font de l’UDB un acteur incontournable de la renaissance de la gauche démocratique sociale, dans une perspective de participation critique à une convergence des luttes démocratiques.

L’UDB entend ainsi :

– du point de vue théorique participer pleinement au renouveau de la pensée de gauche ;

– du point de vue politique contribuer à l’anéantissement des idéologies de la fatalité, de la désespérance, des peurs et des haines entretenues par les dominants ;

– du point de vue militant lutter autant qu’il le faudra, dans une convergence critique et vigilante avec les mouvements démocratiques, jusqu’à aboutir à l’émancipation de toutes et de tous.

 

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